• Christian Boltanski : l'absence omniprésente

    L’artiste, selon Boltanski, est celui qui dévoile au spectateur "une chose qui était déjà en lui, qu’il sait profondément ; il la fait venir à hauteur de la conscience".

    Christian Boltanski : l'absence omniprésente

    Christian Boltanski est un plasticien français qui rend mieux que quiconque l'absence, la disparition. Sans nul doute parce que la Shoah a marqué son enfance.

    Réserve du Musées des enfants, 1989

    "Selon lui, la peinture se caractérise non pas par l'habileté de la main, mais par sa vocation religieuse et son pouvoir sacré. C'est dans ce sens que toute l'œuvre de Boltanski peut être perçue comme la continuité de la tradition picturale : en tant qu'elle interroge la religiosité.

    Leçons de ténèbres, 1986

    Tous les objets qu'il convoque dans ses dossiers, ses livres, ses collections, au-delà d'apparences modestes, confinant parfois à la dérision, sont les dépositaires d'un souvenir qui leur procure un fort pouvoir émotionnel. Qu'il présente ces objets sous forme de vitrines, d'archives, de réserves ou simplement d'expositions, il les met en scène dans l'espace, mais aussi dans le temps. Chaque objet nous replonge à sa manière dans le passé : le passé personnel, réel ou fictif, dramatique ou comique, de l'artiste, le passé d'un objet, ou le passé de l'humanité entière. Ce sont des reliques.

    Vitrine de référence, 1971

    Toutes les œuvres nous isolent du moment présent pour nous transporter dans un espace de méditation, voire de recueillement pour les pièces des dernières années qui s'articulent autour du thème de la mort. Même les séries comiques comportent un caractère grinçant qui évoque l'idée d'un règlement de compte avec des événements passés encore pesants dans la mémoire. Ces œuvres comiques interrogent la mémoire individuelle, tandis que les œuvres qui traitent de la conservation des documents, dans le musée ou les centres d'archives, interpellent la mémoire collective." (dossier Georges Pompidou)

    saynètes comiques, 1974

    Boltanski explique en 1969 : "On ne remarquera jamais assez que la mort est une chose honteuse. Finalement nous n'essayons jamais de lutter de front, les médecins, les scientifiques ne font que pactiser avec elle, ils luttent sur des points de détail, la retardent de quelques mois, de quelques années, mais tout cela n'est rien. Ce qu'il faut, c'est s'attaquer au fond du problème par un grand effort collectif où chacun travaillera à sa survie propre et à celle des autres.

    Théâtre d'ombres, 1986

    Voilà pourquoi, car il est nécessaire qu'un d'entre nous donne l'exemple, j'ai décidé de m'atteler au projet qui me tient à cœur depuis longtemps : se conserver tout entier, garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but. La tâche est immense et mes moyens sont faibles. Que n'ai-je commencé plus tôt ? Presque tout ce qui avait trait à la période que je me suis d'abord prescrit de sauver (6 septembre 1944-24 juillet 1950) a été perdu, jeté, par une négligence coupable. Ce n'est qu'avec une peine infinie que j'ai pu retrouver les quelques éléments que je présente ici. Prouver leur authenticité, les situer exactement, tout cela n'a été possible que par des questions incessantes et une enquête minutieuse."

    Personnes, Grand Palais, 2010

    En 1984, il déclare : "Aujourd'hui, mais personnellement je l'ai toujours pensé, je crois que l‘art ne cherche plus à influencer la vie ; l'art n'est que de l'art, la peinture subit le monde mais agit très peu sur lui. Et pourtant, l'art demeure ce qu'il y a de mieux dans ce monde horrible…"

    Les enfants de Dijon, 1985

    En 1998, il analyse ainsi son travail : "La présence de l'humanité dans sa multitude est toujours là dans mon travail. Ce grand nombre est parfois évoqué par des tonnes de vêtements usés, par des centaines de photographies, ou par des milliers d'objets perdus (que je recueille au Bureau des Objets Trouvés), ou encore par de longues listes de noms, ceux d'ouvriers dans une usine du nord de l'Angleterre au XIXe siècle, ou ceux des artistes ayant participé à la Biennale de Venise depuis sa création. Le nombre, le côté presque interchangeable de l'être humain et son unicité, son caractère propre, sont une des oppositions sur lesquelles je travaille. Je m'intéresse à ce que j'ai appelé La petite mémoire, une mémoire affective, un savoir quotidien, le contraire de la grande mémoire préservée dans les livres. Cette petite mémoire, qui forme pour moi notre singularité, est extrêmement fragile, et elle disparaît avec la mort. Cette perte d'identité, cette égalisation dans l'oubli sont très difficiles à accepter ; par exemple, quand on regarde des centaines de crânes, ils ont tous l'air identiques."

    Réserve Détective, 1988

    En 2010, dans son installation "Après ?", Boltansky dit "Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose après. La seule chose à laquelle je crois c'est que nous sommes composés d'un puzzle de morts."

    Après ? 2010

     

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