• Réchauffement climatique : ultime chance

    Le réchauffement climatique, la pollution extrême et la sixième extinction des espèces, tous trois liés à l’activité humaine – en particulier à celle des plus riches –,inquiètent à juste titre de plus en plus de personnes, en particulier les jeunes qui savent que ce sont eux qui devront affronter les conséquences de notre inaction face à ces dangers qui menacent la planète et l'humanité.

    Indonésie, île de Panggang, archipel de Seribu. Face à la surpopulation de leur île, les habitants gagnent des terres en s’accaparant la mer. Ils ont aménagé une décharge marine dans laquelle ils jettent leurs détritus retenus par des filets. À terme, ils consolident le terrain avec des coraux morts et des déchets plastiques. On y construira ensuite des maisons par dessus. Photo : Laurent Weyl

    Ainsi, Clément Choisne a profité de son discours de remise de diplôme, le 30 novembre 2018, pour se lancer dans un plaidoyer pour l’écologie à l’école Centrale de Nantes en Loire-Atlantique en particulier, et dans les écoles d’ingénieur en général. Un fort beau discours commençant par une citation d’Albert Camus extraite de son discours de réception du prix Nobel de littérature, à Stockholm, en 1957 : "Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse" et se terminant par deux phrases extrêmement célèbres, bien qu’à l’origine obscure, de l’anthropologue américaine Margaret Mead : "Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés peuvent changer le monde. C’est toujours comme cela que ça s’est passé".

    Ce discours démontre l’importance de l’écologie, de l’éthique pour nombre de jeunes – ce que traduisent entre autres les marches pour le climat du vendredi lancées par Greta Thunberg, une lycéenne de 16 ans, le fait que le secteur de l’Économie sociale et solidaire (ESS) commence à attirer les diplômé.e.s de grandes écoles : en 2018 "un.e diplômé.e de grande école sur deux souhaite travailler dans l’ESS et près de 25 % envisageraient même de créer leur propre entreprise dans ce secteur", ou encore le manifeste pour un réveil écologique rédigé par des étudiant·e·s de grandes écoles en 2018 et signé par plus de 30 000 étudiant·e·s, qui se conclut ainsi :
    "En tant que citoyens, en tant que consommateurs, en tant que travailleurs, nous affirmons donc dans ce manifeste notre détermination à changer un système économique en lequel nous ne croyons plus. Nous sommes conscients que cela impliquera un changement de nos modes de vie, car cela est nécessaire : il est grand temps de prendre les mesures qui s’imposent et de cesser de vivre au-dessus de nos moyens, à crédit de la planète, des autres peuples et des générations futures. Nous avons besoin d’un nouvel objectif que celui du maintien à tout prix de notre capacité à consommer des biens et des services dont nous pourrions nous passer. Nous devons placer la transition écologique au cœur de notre projet de société. Pour y parvenir, un élan collectif doit naitre. Et puisque l’ampleur du chantier nécessite toutes les énergies, nous sommes prêts à mobiliser la nôtre, avec enthousiasme et détermination. Nous souhaitons, par notre mobilisation, inciter tous les acteurs de la société – les pouvoirs publics, les entreprises, les particuliers et les associations – à jouer leur rôle dans cette grande transformation et à mener les changements nécessaires vers une société enfin soutenable".

     Crédits : Nease - Maxppp

    Ces prises de conscience sont encourageantes, d'autant qu'elles sont concomitantes de nombreuses initiatives pragmatiques s'attaquant véritablement aux causes du réchauffement climatique, mais forcément insuffisantes car sans politique globale allant dans le même sens :

    •  Jean-Baptiste Vidalou, philosophe et bâtisseur en pierres sèches vient de publier un essai, Être forêts - Habiter des territoires en lutte, retraçant les luttes dans les bois de Sivens, à Notre-Dame-des-Landes, à Bure ou dans les Cévennes [... où] certains ont commencé à habiter ces espaces, avec la détermination de sortir du monde mortifère de l’économie. Un tout autre rapport au monde s’y bâtit, à l’opposé de cette science militaire qu’est l’aménagement du territoire – ici contre un barrage, là contre un aéroport, ou une extraction de biomasse" ;
    • l'association Zero Waste propose de ne plus rien acheter de neuf, que ce soit des habits ou de l'électroménager, puisqu'"un jean requiert pour sa fabrication 32 kg de matières premières et 8000 litres d’eau", par exemple ;
    • les personnes qui s'abonnent à des fournisseurs d'électricité verte sont de plus en plus nombreux en France : 170 000 clients abonnés en 2014, mais 1,3 million en 2016.
    Mais ces vraies prises de conscience sont actuellement insuffisantes puisque les chefs d'État (ceux des pays industrialisés, peu enclins à remettre en cause leur modèle de croissance, et ceux des pays du Sud inquiets pour leurs projets de développement) et les PDG des grandes entreprises ne font rien ou seulement du greenwashing et que la plupart des gens qui le peuvent veulent profiter de la société de consommation. Ainsi,
    • Donald Trump clame-t-il que le réchauffement climatique est une invention - "cette idée, que la science est incertaine ou que notre compréhension du réchauffement climatique est un développement récent, est le produit de cette campagne qui a été lancée par l'industrie pétrolière, avec le soutien enthousiaste du parti républicain, dans les années 90", expliquait l'essayiste américain Nathaniel Rich le 15 mai 2019 sur France Culture ;

    Trump croqué par Nawak en 2016 après ses déclarations fracassantes sur le climat.

    • en Europe aucun dirigeant n'a-t-il décidé de taxer le kérosène des avions qui est "l’un des carburants les plus polluants, le transport aérien émettant « 14 à 40 fois plus de CO2 que le train par kilomètre parcouru et par personne transportée » selon le Réseau Action Climat (RAC)" ;
    • l'entreprise Total ose-t-elle écrire sur son site "chez Total, le climat est intégré à notre stratégie. Si les entreprises pétrolières sont en partie responsables du problème, elles peuvent aussi faire partie de la solution, c’est notre conviction. Nous avons donc décidé de mettre nos capacités d’innovation au service d’une énergie meilleure, plus durable. Réduction de nos émissions de CO2, engagement dans les énergies bas carbone, prise de position en faveur d’un prix du carbone… Découvrez par quels moyens, seuls ou entourés de nos partenaires, nous voulons satisfaire la demande en énergie tout en limitant notre empreinte sur le climat" ;

      Environnement et énergie .fr : Greenwashing : les entreprises confondent écologie et économie

    • etc., etc., etc.

    Quant aux projets pensés par les chantres de la science et de la technologie et financés par des milliardaires qui payent le moins d'impôts possibles, ils sont plus inquiétants que rassurants, tant pour la planète que pour l'essentiel de sa population. Trois exemples :

    • Elon Musk, le fondateur de SpaceX, estime que coloniser Mars pourrait résoudre le problème - enfin, pour quelques personnes riches qui sans doute y survivraient fort mal, car comme le rappelle François Forget, directeur de recherche au CNRS : “L’environnement est trop hostile, comme en Antarctique, où on ne passe que quelques mois” ;

      SapceX qui semble promouvoir l'individualisme...

    • il y a aussi l'option de créer des iles artificielles en Polynésie française, ce qu'envisagent des milliardaires de la Silicon Valley adeptes du libertarisme. Reporterre, le très bon "magazine de l'écologie" explique : "L’ampleur de ce projet menace de « briser le rapport à la nature qu’entretiennent les Polynésiens », ajoute-t-il. Une préoccupation que rejoint l'architecte Jacques Rougerie qui a mené une étude sur le sujet : « Il s’agit de concilier les îles artificielles avec les valeurs polynésiennes ancestrales. C’est un peuple de la mer, qui a toujours vécu en osmose avec elle. » Néanmoins, l’architecte se montre enthousiasmé par l’idée. « C’est peut-être une des réponses possibles à la montée des eaux — en dehors d’une profonde réorganisation sociétale, bien sûr. On peut très bien imaginer un modèle adapté aux réfugiés climatiques. » Le problème tient selon lui au risque que ces iles pour milliardaires deviennent « une entité politique complètement indépendante au sein de l’archipel ». Car « seules une architecture et une organisation politique en accord avec la culture locale garantissent la viabilité du projet. Tout le débat est là : il faut y intégrer d’autres populations que les riches »" ;

      Des milliardaires rêvent d’îles artificielles pour échapper au réchauffement" de Maxime Lerolle paru le 23-01-2018 sur Reporterre

    • nombreuses autres idées démesurées, qui sont là pour ne surtout rien changer aux modes de vie qui sont cause de ce problème, présentées par Sophie Chapelle dans son article "Géo-ingénierie : scientifiques, milliardaires et militaires s’allient pour manipuler l’atmosphère" paru le 14-10-2013 dans Bastamag. Ainsi, "pour contrer le réchauffement climatique, plutôt que de miser sur les réductions de gaz à effet de serre, des chercheurs étudient des dispositifs de manipulation du climat à grande échelle. Au menu, des techniques allant de l’ensemencement en fer des océans à la gestion du rayonnement solaire. Des expérimentations sont déjà menées. Considérées comme fantaisistes il y a vingt ans, ces recherches sont désormais suivies de près par les gouvernements. L’ONG internationale ETC Group, qui travaille sur les technologies émergentes, a publié une carte de ces expériences de géo-ingénierie et de modifications du climat, depuis 60 ans. L’Amérique du Nord, l’Europe et l’Australie font partie des trois zones les plus actives (en rouge sur la carte) en terme de géo-ingénierie".

      La « géo-ingénierie », une nouvelle menace environnementale et… anti-démocratique ?

      Par exemple, "Bill Gates a engagé plusieurs millions de dollars pour financer la recherche en géo-ingénierie, et aider au financement d’une série de rencontres sur la géo-ingénierie. La deuxième fortune mondiale a soutenu financièrement deux scientifiques de Harvard pour tester au Nouveau-Mexique du matériel visant à injecter des minuscules particules dans la stratosphère. Il a aussi investi dans la société Silver Lining qui travaille sur les techniques d’éclaircissement des nuages marins". On est en droit de se demander avec Sophie Chapelle si la « géo-ingénierie » est "une nouvelle menace environnementale et… anti-démocratique".

    À chaque fois que rien n'est fait, la raison est la même : l'économie de marché doit absolument être préservée, même si elle n'est pas soutenable pour la planète, comme l'expliquait déjà en 2015 un article du Monde : en moins de huit mois, l'humanité - enfin, essentiellement celle des pays de l'OCDE - "a déjà consommé toutes les ressources naturelles renouvelables que la planète peut produire en un an. L’organisation non gouvernementale Global Footprint Network réalise ce calcul depuis une vingtaine d’années. Grâce à des données fournies par les Nations unies, elle compare l’empreinte écologique, qui mesure l’exploitation des ressources naturelles de la Terre par l’homme, avec la biocapacité de la planète, c’est-à-dire sa capacité à régénérer ses ressources et absorber les déchets, comme les émissions de gaz à effet de serre. L’ONG détermine ainsi le jour de l’année où l’empreinte écologique dépasse la biocapacité. Pour 2015, ce « jour de dépassement » est le 13 août. Toujours plus précoce, cette date avance de trois jours par an, en moyenne, depuis 1970. En 2005, elle tombait début septembre et en 1975, fin novembre. « Même si notre calcul est approximatif, il montre que le dépassement est très élevé. Et que l’humanité continue d’accroître sa consommation de ressources, alors qu’elle vit déjà à crédit », s’inquiète Mathis Wackernagel, fondateur de l’ONG et cocréateur du modèle de calcul. À partir du « jour de dépassement », l’humanité creuse sa dette écologique. Une dette dont la planète et ses habitants paient déjà le prix : déforestation, baisse des réserves d’eau, épuisement des ressources aquatiques, accumulation de déchets et de gaz à effet de serre". En 2018, le jour de dépassement a eu lieu le 1er aout pour la Terre, mais si toute l'humanité vivait comme les Français, il aurait eu lieu le 5 mai ! Autrement dit, il faudrait 2,8 Terre si toute l'humanité vivait comme les Français. Et on ne parle pas des Américains qui ont le mode de vie le plus polluant sur Terre. "C’est un cercle vicieux : notre mode de consommation dégrade les écosystèmes dont nous dépendons. Il rejette des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et le réchauffement climatique aggrave encore la situation", alerte Diane Simiu, directrice des programmes du WWF France, organisation de protection de l’environnement.

    Le Monde, 12 aout 2015

    "Malgré les beaux discours, peu de dirigeants croient en l’intérêt, pour leur pays, de réduire leurs rejets, expliquait avant la COP21 de 2015 Mathis Wackernagel. Pourtant, ce que montre notre indicateur, c’est que les États sont dans une situation critique. Comment faire prendre conscience à nos dirigeants qu’utiliser des ressources que l’on ne possède pas entraîne un grave risque économique ?" Ainsi, s'il faudrait 1,2 milliard d'euros par an pour sauver les espèces animales les plus menacées, mais le seul service de la pollinisation produit par les abeilles rapporte des centaines de milliards d'euros chaque année - cout qui devra être assumé par les humains si les abeilles disparaissent. Bref, protéger l'économie productiviste est une attitude courtermiste suicidaire.

    Et cette attitude remonte à plus de trente ans. En effet, en 1979, à peu près tout ce que nous comprenons à l'heure actuelle du réchauffement climatique était compris aux États-Unis. Nathaniel Rich explique dans Perdre la Terre - Une histoire de notre temps (paru en mai 2019 au Seuil) qu’Arjuna Andrade résumait sur France culture : "Au tournant des années 80, aux États-Unis, une majorité de l’opinion est favorable à la mise en œuvre de politiques de protection de l’environnement et de lutte contre le réchauffement climatique. Une conscience et un intérêt de la société américaine pour les questions climatiques que l’auteur attribue au travail et à l’engagement du géophysicien Gordon Macdonald et de l’écologiste Rafe Pomerance, qui ensemble ont bataillé sans relâche pour que les États-Unis prennent la tête de la croisade contre le dérèglement climatique.

    Et dans un premier temps, cela semble fonctionner : même les dirigeants américains s’engagent publiquement pour cette cause. Une majorité d’élus du Congrès, républicains comme démocrates, sont alors convaincus de la nécessité d’agir : pas moins de 32 projets de loi relatifs à la question climatique sont ainsi déposés pour la seule année 1988. Même à la Maison blanche, George Bush senior, tout juste élu, promet de jouer « un rôle moteur » dans la lutte contre l’effet de serre. Dans ce moment d’unanimisme général, les géants du pétrole eux-même, reconnaissent leur rôle dans les « énormes quantités de dioxyde de carbone » relâchées dans l’atmosphère et préviennent qu’ils sont « prêts à s’engager dans une transition raisonnable et progressive vers les énergies renouvelables ».

    Mais Nathaniel Rich raconte surtout comment ces espoirs se sont effondrés le 6 novembre 1989. Ce jour-là se tient à Noordwijk, aux Pays-Bas, le premier grand sommet sur le réchauffement climatique. Plus de soixante pays doivent se prononcer sur la politique à mener pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et une proposition semble faire consensus : celle de geler les émissions de carbone pour les dix ans à venir. Mais cet objectif est torpillé en bonne et due forme par le représentant américain, avec l’appui des puissances japonaises, britanniques et soviétiques. Dans le secret de la salle de négociation, le conseiller scientifique de Bush père fait capoter des semaines de négociation et sacrifie le climat sur l’autel de la croissance. Derrière les positions de principe, pas question de voir remise en cause la suprématie économique des États-Unis et de ses entreprises. Oubliés donc les promesses en matière de lutte contre le réchauffement climatique, les engagements en faveur de l’environnement. Il faut dire que cela fait des mois que les principales entreprises du pays mènent une campagne acharnée au sein d’une organisation intitulée - ironie de l’histoire - Coalition Globale du climat. Une coalition, créée de toute pièce par l’Institut américain du pétrole, tout puissant lobby des énergies fossiles outre-Atlantique. Ce sont ainsi des millions de dollars qui sont dépensés pour mener de véritables campagnes de désinformation, acheter des scientifiques, ou encore commander des contre-enquêtes favorables à leur cause. Les écoles ne sont pas non plus épargnées, où l’on commence à enseigner le doute et la remise en cause des évidences scientifiques. Une action d’influence qui se poursuit en réalité tout au long des années 1990, avec en ligne de mire les accords de Rio en 1992 ou encore le Protocole de Kyoto en 1997. Autant de réunions de la dernière chance, sabordées par les États-Unis et leur refus de s’engager dans une croisade contre leurs intérêts.

    La décennie où nous avons failli arrêter le changement climatique et pourquoi nous n'avons rien fait

    Ce n’est qu’en 2002 que la Coalition est dissoute, après avoir durablement influencé des millions d’Américains et causé le retard irrémédiable dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui face au changement climatique. Mais si cette coalition a disparu il y a près de 20 ans, pas sûr que l’état des forces ait aujourd’hui vraiment changé tant on perçoit l’incapacité de nos gouvernements à mettre en œuvre les politiques pour faire face au grand dérèglement".

    Il ne faut donc malheureusement pas s'étonner si en 2018, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré que le monde avait deux ans pour agir contre le changement climatique sauf à affronter des "conséquences désastreuses". Le rapport de l'ONU de 2017 annonçait qu'"il [était] urgent d’accélérer l’action à court terme et de renforcer les ambitions nationales à long terme" : "il est clair que si l’écart [entre les réductions d’émissions nécessaires et les engagements des pays] n’est pas comblé d’ici à 2030, il est extrêmement improbable que l’objectif de maintenir le réchauffement global bien en dessous de 2 °C puisse encore être atteint". "La situation est très préoccupante, commentait le climatologue Jean Jouzel, ex-vice-président du groupe de travail scientifique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Les premiers bilans des politiques nationales montrent que globalement, on est plutôt en dessous des engagements pris à Paris. Et, sans les États-Unis, il sera très difficile de demander aux autres pays de rehausser leur ambition." En tout état de cause, "on reste très loin du compte : pour garder une chance de rester sous les 2 °C, il faudrait que le pic des émissions soit atteint en 2020 au plus tard".

    Getty

    Comme nous sommes en 2019 et que ceux qui ont le plus d'influence continuent à se gargariser de belles paroles et à faire de vagues promesses qui n'engagent que celles et ceux qui les croient, nous pouvons donc nous demander s'il n'est pas déjà trop tard. Voici la réponse de l'astrophysicien Aurélien Barrau : "Il est trop tard pour que rien de grave n’ait lieu. On le voit déjà : 60 % des populations de vertébrés ont disparu en quarante ans. L’Europe a perdu, en trente ans, plus de 400 millions d’oiseaux et 80 % des insectes volants. Et au niveau humain, on commence déjà à observer des déplacés climatiques et des pandémies. La catastrophe a déjà lieu. En ce sens, c’est vrai, il est trop tard. Mais ça pourrait être bien pire. Dans un système aussi complexe que la Terre, il y a des paliers. Ce que met en exergue l’ONU, c’est que si on ne fait rien de drastique d’ici quelques années, on passera un palier. Ensuite, même si on est exemplaire, il faudra des temps gigantesques pour inverser la tendance. [... Même si la préoccupation écologique infuse dans l’opinion, celle-ci ne semble pas prête à renoncer à son mode de vie.] Il semble qu’on choisisse l’effondrement. Mais je crois encore au pari de la vie. Quand les dinosaures ont reçu la météorite, ils ne pouvaient rien y faire. Nous, nous avons les rênes en mains. Certains pensent qu’il y aura, au dernier instant, un miracle technologique. Ce n’est pas raisonnable. Et même si on déménageait sur Mars, il y aurait très peu de « happy few » ! En revanche, je crois à un miracle éthique : on sait tous, au fond de nous, que la situation est insensée. On nie la vie en elle-même. L’inaction serait impardonnable : nous avons toute l’information".

    Coucher de soleil sur un épais nuage de vapeur d'eau et de poussière en suspension• Crédits : Alexandros Maragos - Getty

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